Historique

Créé en 1988, E.T.A.D.A.M. est alors un collectif de trois jeunes diplômés de l’école des Arts appliqués à la recherche de nouveaux moyens d’expression afin d’interroger leur pratique de l’art et de se dégager du formatage de l’école.
Dès leurs premiers projets ils convoquent un matériau insolite : des éponges comprimées. En 1990 leur première manifestation publique significative a lieu à Paris (S.A.D /Grand-Palais) avec un hommage à Yves Klein : “Klein d’oeil”, où sont perfusées en direct et en public les premières éponges. Symbole du temps qui passe, l’eau colorée s’écoule lentement dans l’éponge comme du sang bleu donnant vie pour un moment éphémère au matériau qui se gonfle, puis s’assèche sans retrouver pour autant sa forme initiale. Quelques belles rencontres permettront de continuer l’aventure et de nouvelles créations verront le jour avec notamment “les épongiers” (Lons le Saunier, 1991), “les proboscides” (Lyon, 1991) et enfin “Date limite” (Lyon, 1992) exposition rétrospective et point d’orgue de ce fulgurant trajet.

instendémique

Réactivation des « proboscides »

dans le cadre de l’exposition « chez-robert hors les murs » le 9 juillet 2017

Expositions

date limite

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proboscides

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Klein d’oeil

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les épongiers

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Eloge de l’éphémère

Eloge de l’éphémère

Par Julian Zugazagoitia

Comme les présocratiques, ces premiers penseur de la nature, ETADAM établit sa cosmogonie autour de la transformation des éléments. Les œuvres de l’exposition DATE LIMITE se présentent comme autant de dispositifs qui tentent d’apprivoiser l’éphémère. Ainsi, les installations agissent comme des trappes à instants, des pièges où le temps se matérialise en passant. Ces œuvres, en nous prenant à parti comme témoins de leur transformation, nous engagent au souvenir. Proche d’un Héraclite pour qui tout est devenir, ETADAM réalise des installations animées mettant en scène, métaphoriquement, le cycle de la vie et de la mort. Au cœur du transitoire, les œuvres font souvent appel à des entités contraires: l’eau et le feu, le liquide et le solide, le matériel et le spirituel… Seul le temps peut les concilier dans ces œuvres qui accueillent l’éphémère et révèlent la vraie nature des éléments dans leur devenir. Ainsi ces installations déclenchent notre imaginaire comme l’ont fait en leur temps les vanités du XVII è siècle. A l’image des sabliers, les EASY PIECES empruntent la silhouette de la pyramide de sable; ici des fines lamelles d’éponge compressées se superposent pour en suggérer la forme. Le sommet est alimenté par un perfuseur duquel s’échappent lentement des gouttes d’eau. Le cycle de vie commence: l’éponge desséchée, en absorbant cette sève vitale, grandit révélant ses potentialités restées jusqu’alors virtuelles. Gorgée d’eau, elle fléchit sous son poids et vient alimenter la lamelle inférieure, perpétuant ainsi le mouvement. Passant par tous les âges, la pyramide acquiert sa forme finale aléatoire. Commence alors le processus de mort: son dessèchement par évaporation pétrifiera l’éphémère. A la différence des sabliers, réversibles et toujours prêts à recommencer leur infatigable égrainage du temps, les EASY PIECES figent à jamais ce temps. Impossible pour les œuvres de l’annuler par une simple inversion. En cela elles s’apparentent davantage à des chandelles, ces “sabliers qui s’écoulent vers le haut” dont Bachelard fait l’adage. Les artistes d’ETADAM, renouant avec Thalès de Milet, ont placé l’eau comme élément principiel de leur univers. Accentuant ses propriétés mythiques, l’eau se révèle tout à la fois source de vie et de mort, visible et invisible, ravageuse et réparatrice… L’eau fluide devient l’image de la réconciliation du corps et de l’âme, du tangible et de l’intangible; ici solide ne s’oppose plus à liquide mais au diaphane. A leur échelle, les œuvres portent les stigmates de ces multiples facettes et évoquent l’image du fleuve dans lequel on ne descend jamais deux fois. De leur réflexion sur l’eau découle le choix de l’éponge et d’une matière effervescente. Ces matériaux se conjuguent pour révéler l’éphémère. Les artistes utilisent les cachets comme image de la pétillante vitalité transitoire tandis qu’ils assimilent l’éponge à leur propre chair. Tel un miroir, l’éponge a pour eux “la propriété d’absorber certains liquides et de les rejeter par la pression, tout comme l’artiste se nourrit, absorbe ce qu’il veut voir, puis renvoi sa propre image du monde.” L’installation DATE LIMITE, dont l’exposition tire son titre, est particulièrement significative. Des pièges à rats sont tendus. L’appât du temps est l’éponge sur laquelle le perfuseur distille régulièrement une goutte d’eau. S’imbibant, l’éponge exerce une pression et fait céder le ressort. Un bruit sec claque. Le temps devrait être attrapé. Désillusion finale, le piège est vide. A la manière de ces rats furtifs qui arrivent à grignoter le fromage sans se faire prendre, ainsi le temps se faufile insaisissable, ne laissant que sa trace derrière lui. Du constat de l’impossibilité de capturer le temps, l’œuvre s’ouvre sur une nouvelle dimension, celle de la mémoire. Seul un travail sur le souvenir pourra nous procurer l’illusion de saisir le temps. Tout notre être est concerné par ce rapport au passé puisqu’il nous façonne et fixe nos repères. L’exposition se place sous le signe de la commémoration avec Ru du souvenir. Fleuve et mémoire, devenir et tentative de le fixer, sont présents dans cette œuvre célébrant l’anniversaire des PROBOSCIDES, installation qui a eut lieu dans ce même Espace Poisson d’Or il y a un an. Les gouttières, cercueils contenant les vestiges des PROBOSCIDES, les découvrent ou les cachent selon si la couche de paraffine qui les recouvre est réchauffée ou froide. Jouant sur l’apparition et la disparition d’un témoignage du passée, cette œuvre met en scène la fragilité ou solidification du souvenir. Notre condition se révèle précaire tant la mémoire nous rattachant à un patrimoine nous semble instable. Par un cheminement tout autre que celui de l’interrogation philosophique ETADAM est venu à illustrer une réconciliation possible entre Héraclite et Parménide. Platon avait déjà réussi à les concilier en postulant: “le temps, image mobile de l’éternité immobile”. Les œuvres d’ETADAM ne sont-elles pas, justement, la solution inverse, en ce qu’elles donnent à voir les traces immobiles d’une éternité mobile? J.Z.

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